Stéphane Bouquillon et Jacob Matthews viennent de publier un ouvrage intitulé « le Web Collaboratif » aux Presses Universitaires de Grenoble (2010). Je vous en résume rapidement le propos : les auteurs estiment que l’idée de communication « collaborative » ou « participative » n’a pas commencé en 2005. Déjà à la fin des années 70, les développeurs des projets de télématique annonçaient que les usagers allaient prendre la parole contre les médias de masse, que l’usager ne sera plus simplement un consommateur mais aussi un citoyen, actif.

Pour Bouquillon et Matthews, ce qu’on appelle aujourd’hui « Web 2.0 » est moins de la conséquence d’une transformation technologique, que le résultat d’une stratégie d’adaptation des industries des la culture et de la communication. Du point de vue technique, le terme ne désigne rien de concret. Au départ, le terme est un simple inventaire des caractéristiques des start-ups qui ont survécu à la bulle spéculative de 2000 (O’Reilly, « What is Web 2.0 ?», 2005). Autrement dit, l’ambition d’O’Reilly – le père du concept – n’était pas de décrire l’Internet d’aujourd’hui, mais de montrer la raison pour laquelle certains start-ups ont réussi à survivre à l’éclatement de la bulle spéculative. Et le point commun de ces firmes qui y ont survécu– répond O’Reilly – c’est qu’elles ont réussi à mettre leurs usagers au centre de la valorisation, au centre du processus de production de contenus.

Pour Bouquillon et Matthews, c’est le point de départ d’une prophétie auto-réalisatrice : il a suffit que les acteurs se convainquent de la réalité de ce phénomène vague et incertain, pour qu’il devienne réel dans ses conséquences… Si la communication est devenue « participative », ce n’est donc pas tant parce que la technologie a permis de donner une voix à ceux qui n’en avaient pas, mais plutôt parce que – en situation de crise – les grands acteurs de l’industrie de la communication, ont trouvé le besoin de s’inventer un nouveau discours enchanté leur permettant de récréer une rationalité autour de leurs investissements.

Pour les entreprises de la culture et de la communication, le web collaboratif est tout d’abord une occasion de faire travailler des créatifs sans les rémunérer; en les invitant par exemple à participer à des compétitions de créations publicitaires, lesquelles sont ensuite réutilisées par l’entreprise. Cette forme de travail gratuit constitue par ailleurs une nouvelle source de concurrence inter-personnelle qui permet aux entreprises médiatiques et culturelles de tempérer les exigences salariales de leurs employés. C’est grâce au phénomène participatif, qu’il leur est en effet possible de demander à ces derniers : « Mais qu’est-ce qui justifie que l’on vous paie pour faire ce que d’autres feraient gratuitement ? ». A cette question, les employés peuvent évidemment répondre « la qualité », mais si la qualité vend mal – si le consommateur n’est pas prêt à payer plus cher pour davantage de précision, de beauté et de fiabilité – ils risquent fort de se retrouver à court d’arguments.

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Jeudi passé, nous présentions l’état d’avancement de la recherche « ARC/T1: acteurs et structures du journalisme en ligne », à la salle académique de la faculté informatique des FUNDP. Vous trouverez, en pièce jointe, le mp3 de la présentation. C’est encore un work in progress, toute suggestion ou critique est la bienvenue!