Voici l’abstact de la communication pour IAMCR 2010:

« Communicating on Climate Negotiations. A Content Analysis of French Traditional and Participative Online News Media during the Copenhagen Summit » (Omar Rosas, Mathieu Simonson)

Today, traditional news media are not the only communication systems capable of shaping the public perception of climate change. As a result of the latest technical improvements in Content Management Systems (CMS), new online participatory platforms have emerged and started exerting growing influence on how audiences perceive and appraise climate-related events such as international negotiations on climate change. In France, the emergence of these new platforms, in 2006, has given citizens and journalists new opportunities to engage in a collective understanding of these issues. The present paper is based on a content analysis of articles published in two online newspapers (Le Monde, Le Figaro) and two participatory platforms
(Rue89, AgoraVox) during the Copenhagen Conference, between December 7th-18th 2009. Its aim is to identify and examine different modes of online communication on climate negotiations. For this purpose, it focuses on the following variables: (1) the importance of strategic decision making; (2) the significance of social justice and ethics; (3) the influence of political leaders on the outcomes of the conference; (4) the influence of UN organizational norms and (5) the importance of knowledge and uncertainty about climate change.

Traditional media have focused on the first four variables, whereas the latter one has principally been developed by participatory media. In order to understand this difference, it should be noted that, in the past, it was traditional media that gave a great importance to the fifth variable. They intended to balance competing views in order to represent uncertainty, which led them to give a disproportionate significance to marginal skeptic views (“balance as bias”). Now, the situation is inverted. Traditional media tend to focus on the « politics » of climate change and give the public a consensual representation of the global warming, thereby neglecting its complexity and ignoring marginal views. At the very same time, emerging participatory platforms tend to reintegrate heterodox viewpoints in the matter, presumably in defence of the freedom of speech. Yet, these platforms are facing similar problems to those that traditional news media had to cope with earlier: either (1) they choose to neglect the complexity of the matter, which impoverishes the information and creates an impression of certainty among the audience; or (2) they choose to integrate uncertainty into their papers, which takes a huge amount of time and effort without being sure about a predictable result, or still (3) they choose to put competing viewpoints in the balance, which produces the impression of an « open debate » among the readers, even if the points that are represented are not central controversies. We will finally discuss the consequences of these choices on the confidence of the public opinion in both journalists and climate scientists.

IAMCR Conference 2010, Braga, PORTUGAL
Communication and Society Research Centre, University of Minho

Bon, le temps passe et les choses n’avancent pas exactement comme je le voudrais; mais elles elle ne reculent pas, c’est toujours ça de pris. Ce midi, je parlais avec mes collègues de la CITA (FUNDP) de l’état d’avancement du projet d’étude de la couverture médiatique de COP15 (Par le Monde, Figaro, Rue89 et Agoravox). Le corpus est finalisé. Il y a déjà quelques hypothèses de recherche qui se dessinent et qu’il serait bon de tester. Voici les 4 principales…

(1) les médias participatifs offrent des points de vues plus éclatés et moins consensuels que les médias traditionnels ; (2) les médias participatifs laissent davantage de place à l’expression d’opinions personnelles que médias traditionnels ; (3) certains médias donnent plus d’importance aux pressions exercées par les mouvements sociaux et les groupes d’intérêts, d’autres mettent plutôt l’accent sur les interactions stratégiques entre Etats ; (4) certains médias soulignent les responsabilités individuelles dans l’échec des négociations, d’autres préfèrent souligner les causes structurelles qui seraient à l’origine des difficultés rencontrées…

Voici la répartition des documents publiés au cours des douze jours de conférence, en fonction des différents médias analysés : LeMonde.fr (LM), LeFigaro.fr (LF), Rue89 (RU) et Agoravox (AG). On observe une nette différence entre le Monde et le Figaro. De deux choses l’une, soit le moteur de recherche du journal de Serge Dassault (Sinequa) ne mentionne pas tous les articles qui ont effectivement publiés entre le 7 et le 12 décembre, soit la question de la production de gaz à effet de serre occupe nettement moins de place à droite qu’à gauche, au sein de l’opinion publique…

On observe également une production réduite au niveau de la presse participative. Quoi de plus normal, Rue89 et Agoravox fonctionnent avec des moyens infiniment plus limités, et n’ont pas encore conquis un lectorat aussi large que le Monde et le Figaro. Par ailleurs, il défendent des points de vues plus contrastés, moins consensuels, parfois allant jusqu’à endosser les habits de la presse d’opinion. C’est surtout vrai pour Agoravox, qui ne fonctionne pas sur le modèle du journalisme à trois mains, mais sur celui du “journalisme citoyen”… Contrairement à Rue89, c’est une plateforme que évolue un peu en marge de la presse institutionnelle, qui la juge volontiers “populiste” ou “poujadiste”… A suivre

Je viens de finir la lecture d’un papier sur les négociations climatiques qui s’intitule « We’re all in this together. Can I trust you to figure it out » (Eric K. Clemons et Heinz Schimmelbusch, 2007), et franchement, c’est pas mal. Voici ce que j’en retiens: les deux auteurs reprennent des principes de la théorie des jeux, et nous expliquent les forces, et surtout les limites de ce mode de pensée. Voici en quoi consiste leur raisonnement…

(1) les individus peinent généralement à prendre la décision de renoncer à de petits avantages certains et immédiats, au profit de grands bénéfices lointains et incertains. Nos représentants politiques hésitent, par exemple, à prendre la risque de diminuer leurs chances de réélection en imposant des mesures dont les coûts sont pour eux immédiats mais dont les bénéfices n’apparaitront qu’au terme de leurs différents mandats.

(2) On constate généralement qu’un acteur ne diminue le dommage qu’il inflige à la collectivité que s’il est assuré que ses compétiteurs feront de même (I will if you will). Ce qu’un acteur veut à tout prix éviter c’est, en effet, d’être le seul à payer pour un dommage dont il n’est pas le seul responsable.

Par effort de simplicité, nous commencerons par réduire les négociations climatiques à une interaction entre deux pays (Etats-Unis – Chine). Ce qui nous permet d’analyser, à gros traits, les logiques d’acteurs, sur base du modèle du dilemme du prisonnier. Nous verrons les questions que cela soulève…

Sans communication, ni confiance

Face à un dommage dont il est co-auteur, un acteur a plusieurs options: il peut, premièrement, réduire unilatéralement ses externalités négatives. Mais sans communication, ni confiance vis-à-vis de l’extérieur, cela reviendrait pour lui à se déforcer, le tout sans obtenir l’assurance que ce comportement produira les bénéfices escomptés. Une meilleure option consisterait donc, pour lui, en une réduction concertée, ou bilatérale, des externalités négatives. Mais, de nouveau, si la confiance est faible et la communication mauvaise, le résultat est incertain, c’est-à-dire que l’accord peut à tout moment être rompu par la partie adverse. Dans ce cas, la solution optimale consisterait en une troisième option: ne pas se soucier de ces externalités négatives (équilibre de Nash). C’est la logique qui a été suivie par l’administration américaine entre 2000 et aujourd’hui…

Evaluation des coûts à court terme

CHINE
cooperate defect
E.-U. cooperate (-1, -1) (-2, 0)
defect (0, -2) (0, 0)

Si les parties communiquent entre elles…

Si les acteurs communiquent – échangent de l’information sur les risques qu’ils redoutent (et les bénéfices qu’ils escomptent) – il peuvent finir par juger qu’une action concertée (both parties cooperate) serait, pour eux, préférable à l’ancien équilibre de Nash, où les parties renoncent toutes deux à coopérer (both parties defect). Bref, on sait qu’il est tout à fait possible pour les deux acteurs de s’entendre sur l’action à adopter pour optimiser l’utilité des deux parties en présence. Si, en plus de cela, ils parviennent à regarder à plus long terme, on devrait parvenir au résultat suivant … (on finit dans le coin supérieur gauche du tableau)

Evaluation des coûts à long terme

CHINE
cooperate defect
E.-U. cooperate (-1, -1) (-15, -5)
defect (-5, -15) (-xx, -xx)

Il est difficile de prédire le coût à long terme de la solution de la case inférieure droite (cf. critiques adressées à Nicholas STERN, en 2006). Mais, malgré cette incertitude, les acteurs tendent aujourd’hui à mettre la “case supérieure gauche” en haut de leur échelle de préférence. (A Copenhague, ça s’est traduit par une simple déclaration de principes: on a émis l’idée qu’il serait bon pour tous de limiter les émissions de GES, sans préciser comment, ni en quelles quantités).

Une autorité de contrôle?

On pourrait imaginer une agence internationale, habilitée à contrôler les émissions nationales, et à sanctionner les acteurs qui dépasseraient un certain plafond… Les entreprises changeraient leurs modes de production pour éviter les sanctions, et resteraient compétitives par rapport à d’autre entreprises soumises aux mêmes règles que les leurs.

Il se peut toujours que le pays A parvienne à respecter son engagement (par le biais de contraintes légales, des taxes ou des subsides) et que le pays B peine, échoue ou renonce à atteindre le sien. Auquel cas, on imposerait – sur les produits de B – une taxe à l’exportation. Les bénéfices ainsi engrangés permettraient de participer à poursuivre l’objectif que B était censé atteindre …

Fabriquer du doute, fabriquer des certitudes… [remarques personnelles]

Dans ce contexte, un petit changement du système d’information peut suffire à transformer leurs stratégies de fond en comble. Par opportunisme, un acteur peut par exemple chercher à dissimuler, falsifier ou transformer l’information dont il dispose : pour optimiser son action, il peut par exemple exagérer ou amoindrir dangerosité d’une menace commune, ou encore, exagérer ou amoindrir les bénéfices que les parties pourraient tirer d’opportunités communes.

Dans le cas du réchauffement climatique anthropique (RCA), la persistance du doute a permis aux compagnies pétrolières et aux pays industrialisés de reculer de plusieurs années l’échéance d’une décision concertée (entre pays). De même, depuis 2007, la popularisation des thématiques climatiques a servi les intérêts d’une série d’investisseurs qui ont misé sur la possibilité d’une croissance verte, ou d’une bulle verte. Ou encore: la dramatisation du phénomène, et les prédictions les plus catastrophistes, ont permis à certains leaders politiques, de renforcer leur autorité morale en soulignant la responsabilité des premiers pays  industrialisés etc.

Mais ce n’est pas parce que certaines représentations du phénomène ont été utilisées par opportunisme, pour servir les intérêts de tel ou el acteur, que la représentations sont fausses ou inadéquates. Ainsi, s’il y a un élément susceptible d’infirmer les théories climato-sceptiques, ce n’est certainement pas la “disinformation d’ExxonMobil”. Et, de même, s’il existe un element susceptible d’infirmer la théorie que la plupart des climatologues tiennent aujourd’hui pour vraie, ce n’est certainement pas l’argument selon lequel “des scientifiques ont fait prévue d’ostracisme pour asseoir leur autorité académique”.

En dire plus que ce que l’on en sait, et en savoir plus que ce que l’on en dit [remarques personnelles]

C’est le propre de l’homme que d’en dire plus que ce qu’il en sait ou d’en savoir plus que ce qu’il en dit. Il y a inévitablement une part de duplicité chez les acteurs politiques, pour la bonne et simple raison que le savoir est – pour eux – un enjeu de pouvoir, un moyen de faire fléchir les résistances qu’on leur oppose. Savoir ce que d’autres acteurs ignorent, parvenir à rallier autrui à ses vues, parvenir à démontrer la fausseté de ce que autrui tient pour vrai, ou la vérité de ce que autrui tient pour faux… sont des choses précieuses, permettant aux preneurs de décision d’agir sur l’action d’autrui.

Le problème dans tout cela, c’est que notre savoir, notre vision du monde, est inévitablement altérée par le désir que nous avons d’influer sur l’action de nos semblables. Pour se prémunir de la dégradation de ce savoir, il est utile de puiser des ressources extérieures à nos sphères de discussion habituelles, et dont nous savons qu’elles ne seront pas nécessairement utiles au renforcement de nos propres hypothèses ou de nos propres certitudes. Les scientifiques prétendent se livrer à cet exercice, ce qui est louable (cf. Karl POPPER) mais pas toujours vrai (cf. Thomas KUHN). Des personnes qui utilisent quinze ou vingt ans de leur existence à comprendre le fonctionnement du climat, ont souvent des opinions personnelles, des valeurs, des choses dont ils espèrent pouvoir démontrer la vérité ou la fausseté etc.

Voici quelques précisions concernant la recherche sur la couverture médiatique de COP15. C’est un sujet sur lequel je serais heureux d’avoir le plus de retour possible. A la lecture des articles qui ont été écrits sur ce sujet, je suis conforté dans l’idée que la pragma-dialectique (Van Eemeren & Grootendorst, 2004) offre un excellent angle d’attaque pour analyser et comprendre le sujet.

A. Sujet: couverture média de COP15

B. Période analysée: lundi 7 décembre 2009 – lundi 18 décembre 2009

C. Articles collectés: env. 120 articles

(1) Corpus français: les éditions en ligne de (1) Figaro, et du (2) Monde
(2) Corpus belge: les éditions en ligne de (1) la Libre Belgique, et du (2) Soir
(3) Corpus de presse participative : Les articles (1) d’Agoravox, (2) Rue89, [et éventuellement M4Y]

D. Logiciel d’analyse de données qualitatives en sciences sociales: maxQDA

E. Références et éléments de contexte: quelques articles en rapport avec la couverture médiatique des questions de changement climatique.

F. Deadline: mercredi 30 janvier 2010