Je n’ai pas été assez clair dans mon dernier billet, donc voici quelques petites précisions :

(1) La couleur des liens indique leur direction (les liens sortants ont la même couleur que le noeud dont ils sortent). On voit ainsi que le blog de Ch. Bricman a de nombreux liens sortants [et réciproques].  En théorie des graphes, on appelle ça un « hub« . Mais un hub n’est pas nécessairement une autorité, c’est-à-dire qu’il ne possède pas nécessairement le plus grand nombre de « liens entrants ».

(2) La taille des points (centralité) indique quant à elle le nombre de fois qu’une personne apparaît sur les chemins (courts) qui parcourent le réseau (average shortest path), tous chemins confondus (les liens entrants mais aussi les liens sortant). C’est là une information importante, mais qui n’indique pas grand chose d’autre que la capacité des acteurs à employer des hyperliens pour citer de nombreux autres membres du réseau.

(3) Par ailleurs – comme on l’a fait remarquer ce matin – il y a des journaux en ligne qui citent des blogs sans utiliser le moindre hyperlien : il est nécessaire de revoir ce travail de mapping en intégrant les médias traditionnels dans l’analyse. Je crois  d’ailleurs que c’est un travail qui a récemment été initié par une doctorante de l’ULB (J. De Maeyer).

Pour une introduction à Navicrawler, c’est ici.

Et pour un introduction à Gephi 0.7, c’est ici

C’est daté, mais c’est pas inintéressant…

Frank REBILLARD, “Du traitement de l’information à son retraitement. La publication de l’information journalistique sur Internet” in Réseaux, 2006/3, n°137

Pionniers de l’information journalistique en ligne : (1) Chicago Tribune (1992) édition en ligne réservée aux abonnés des “services propriétaires” d’AOL. (2) San Jose Mercury News (1993) : permier journal à diffuser ses informations sur internet. L’auteur fait l’hypothèse d’une création d’information spécifique à Internet. Il prétend appliquer son analyse au (terrain “encore peu balisé du) (1) journalisme en ligne et (2) aux technologies de l’information et de la communication.

  1. Méthodologie d’observation : couverture de toutes les catégories d’info journalistique et prise en compte exhaustive de ses modalités de diffusion… La définition d’ “info journalistique” est mouvante (cf. actualité/objectivité et industrialisation/démocratisation). Rebillard distingue 4 modalités idéal-typiques de diffusion sur internet…. (1) reproduction du modèle classique (2) publication autoritative (blog) (3) publication distribuée (circulation décentralisée > p2p), (4) niveau méta-éditorial (offre condensée de contenus et de liens > portail).
  2. Typologie (de la publication d’informations journalistiques sur internet): application de modèles socio-historiques aux 4 modalités. Rebillard prétend ici “ne pas se limiter aux contenus les plus ancrés dans l’héritage du journalisme moderne, mais de cerner également ses expressions les plus récentes (…)”.
Types de publication (2004-2005) Appellation internet Exemples Orientation dom. du contenu Modalité de diffusion
1. versions web Médias existants Presse en ligne Le Monde, TF1… Info généraliste Modèle classique
Agences de press Agences de presse en ligne Reuters, AFP (insertion en XML dans les interfaces des grands portails) Info généraliste/spécialisée Modèle classique
2. Publications exclusivement web Collectives Webzines Salon, JDN, Uzine Opinion/Spécialisée Publication autoritative/modèle classique
individuelles Blogs Les chroniques du menteur (HS depuis 2006) Opinion/spécialisée Niveau méta-éditorial
3. Composantes info de plateformes multi-services Portails Yahoo! Généraliste Niveau méta-éditorial
4. Recoupements automatisés d’informations d’actualité Agrégateurs GoogleNews, Rezo.net, Net2One G/O/S
5. Services documentaires d’archives journalistiques Bases d’archives LexisNexis, Pressedd, europresse G/S

Conclusion : à l’époque où l’enquête de Rébillard a été menée (2004-2005), la publication d’informations excusives sur internet est maginale par rapport à la reproduction sur le web, d’informations élaborées initialement pour d’autres supports. A cette époque, les blogs n’en sont qu’à leurs débuts, et il existe encore fort peu d’expériences de journaux en ligne. En 2004-2005, on a http://uzine.net/ ou http://www.journaldunet.com/, un ou deux ans plus tard c’est le début d’Agoravox[2006], de Bakchich [2006], de Rue89 [2007], de MediaPart[2008], de LePost.fr [2007].

Le phénomène web marquant de l’époque 2004-2005, c’est la montée en puissance de portails, agrégateurs et autres méta-éditeurs, qui – précise Rébillard – ont tout intérêt à intégrer et à retraiter les poches de création du monde de l’auto-publication, c-à-d du blogging (on s’aperçoit aujourd’hui, que c’est aussi la stratégie qui a été suivie par certain journaux traditionnels comme Libération). Rébillard fait, enfin, état des difficultés qu’il a rencontré au niveau de du recueil de son matériau empirique (difficile de distinguer la presse commerciale du “fanzinat” etc.). “Le chercheur qui se penche sur le phénomène des webzines ou des blogs et y trouve des parentés avec la presse altertnative, se trouvera dépourvu de repères pour analyser la situation présente sur Internet (…)”. Il met en garde contre le risque de “céder à la tentation de la fausse nouveauté déduite du progrès technique”, et souligne l’importance qu’il y a à prendre du recul au niveau de l’analyse de ces évolutions sociales …