Je reviens du Festival des Libertés, où j’ai assisté au débat « crise et émocratie« .

Il aurait, selon moi, dû être orienté vers des projets positifs (plutôt que de s’arrêter à des constats pessimistes et anxiogènes). On a évoqué le fait les médias de masse participent d’une logique destructrice… et que l’idéal serait pour eux – « on peut toujours rêver » –  de se dissocier des logiques de marché.

Et ben, oui, justement, moi j’ai envie de rêver… Il est utile et il est nécessaire de développer davantage de sites de journalisme communautaire  : des journaux comme XXI, 6 mois et Uzbek & Rica n’ont-ils pas été des fantasmes de doux rêveurs, avant de se transformer en véritables « médias de qualité » ?

Oui, de nombreux journalistes se montrent aujourd’hui capables d’accoucher de projet positifs, leur permettant de redevenir maîtres de leur outil  : des anciens journaliste du Monde ont par exemple donné naissance (à partir d’un rêve, encore une fois) à un média participatif qui, ces deux dernières années, a profondément éclairé le fonctionnement de la politique française (Mediapart).

Il faut parler maintenant de la façon dont le journalisme est en train de se transformer. Pour info, le SPIIL – syndicat de la presse indépendante d’information en ligne – a lancé le 19 octobre un « manifeste pour un nouvel écosystème de la presse numérique » : il propose un projet de loi sur la liberté de l’information, défend une égalité de traitement entre journalistes « web » et « papier », propose de faire émerger des start-ups de presse, de moderniser le statut social et fiscal des journalistes, de défendre une baisse de la TVA à zéro pc pour les ventes d’information papier et numérique…

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Deux ou trois personnes pour gérer cinq mille commentaires par jour, c’est peu, très peu… Avec des effectifs aussi réduits, il est possible d’éviter les « dérapages », mais impossible d’animer une discussion (Degand & Simonson, 2011). Conséquence : ces dernières années, les fils de discussion de la presse belge ressemblaient davantage à des « réceptacles à doléance » qu’à des espaces de débat. Ils sont aujourd’hui remplacés (en pratiques) par les threads des médias sociaux (Facebook et Twitter), et seront prochainement abandonnés…

Les médias sociaux sont aujourd’hui incontournables dans les rédactions : non seulement (en amont) au niveau de la sélection des sources, mais aussi (en aval) au niveau de la diffusion, du partage, de l’interprétation et de la mise en débat des contenus journalistiques (Singer et al., 2011). Quelles seront les conséquences de cette forte dépendance à l’égard des médias sociaux ? Je sais pas. Des idées ?

Une chose est sûre : les sites de presse continueront d’organiser des événements participatifs sur leurs pages web (les CoverItLive!, les 11.02 etc). C’est-à-dire qu’ils n’abandonnent pas leurs rôles d’ « animateurs de débat », de « rassembleurs » et de « médiateurs »… mais essayent simplement de l’exercer à moindre frais. Abandonner l’animation de débat, reviendrait à la fois à se priver de l’opportunité unique de produire des informations web originales, et de l’opportunité de renforcer la confiance des internautes.

Journalism History (Uni. Winchester) partie I. : introduction, relative aux facteurs démographiques, légaux et technologiques qui ont favorisé le développement du secteur de la presse, dans le courant du 19ème siècle.

Journalism History (Uni. Winchester) partie II. : développement d’une presse ‘commerciale’ et d’une « presse de classe » à l’échelle locale, et présentation détaillée des facteurs démocratiques (hausse de la population, concentration urbaine).

Journalism History (Uni. Winchester) partie III. : partie relative à la richesse et aux habitudes de consommation d’information des ménages, dans les villes britanniques

Journalism History (Uni. Winchester) partie IV. : partie relative aux facteurs politiques et légaux (libéralisme politique, liberté d’expression), développement d’une presse régionale …

Journalism History (Uni. Winchester) partie V. : taxes sur les journaux

Journalism History (Uni. Winchester) partie VI. : développement de machines à plus haut rendement (moitié du 19ème), prétention à l’objectivité et l’indépendance (The Times), début de la professionalisation du journalisme, journaux de consommation de masse (penny paper). 

Journalism History (Uni. Winchester) partie VII. 

 

 

 

Il y a, dans la communication en face-à-face, une multitude d’attitudes involontaires qui attestent de la puissance des sentiments, et de l’impact de l’imagination sur l’action : les rougissements, les tremblements, les tâtonnements, la pâleur, le bégaiement, les fluctuations de voix, les clignements de l’œil (Goffman, 1958). Autant de gestes involontaires que les acteurs s’efforcent de contenir, manipulant ainsi les signaux qu’ils renvoient aux membres du public, de façon à produire sur eux un certain effet, une certaine impression . Le tout s’intègre dans un jeu complexe : « un système à multiples canaux auquel l’acteur participe à tout instant, qu’il le veuille ou non : par ses gestes, son regard, son silence, sinon son absence » (Winkin, 1981, p. 7) . Puisque la communication par écran interposé est souvent réduite à un ou deux canaux, les gestes (qui, dans un autre contexte, pourraient démentir la parole) sont soustraits au regard d’autrui : seules quelques hésitations, impropriétés de langage et émoticons sont susceptibles de fragiliser la mise en scène de l’information. Dans ce contexte, la question est de savoir comment les interlocuteurs s’y prennent pour convaincre de la fiabilité d’un signal et – simultanément – s’assurer de la fiabilité du signal d’autrui et écarter les risques de manipulation.

Thomas Sheff est un professeur de l’université de Santa Barbara. Il travaille dans le domaine de la sociologie des émotions. Il souligne – comme Goffman – l’existence d’un monde socio-émotionnel (dominé par des sentiments relatifs à l’image de soi).

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