Il y a, dans la communication en face-à-face, une multitude d’attitudes involontaires qui attestent de la puissance des sentiments, et de l’impact de l’imagination sur l’action : les rougissements, les tremblements, les tâtonnements, la pâleur, le bégaiement, les fluctuations de voix, les clignements de l’œil (Goffman, 1958). Autant de gestes involontaires que les acteurs s’efforcent de contenir, manipulant ainsi les signaux qu’ils renvoient aux membres du public, de façon à produire sur eux un certain effet, une certaine impression . Le tout s’intègre dans un jeu complexe : « un système à multiples canaux auquel l’acteur participe à tout instant, qu’il le veuille ou non : par ses gestes, son regard, son silence, sinon son absence » (Winkin, 1981, p. 7) . Puisque la communication par écran interposé est souvent réduite à un ou deux canaux, les gestes (qui, dans un autre contexte, pourraient démentir la parole) sont soustraits au regard d’autrui : seules quelques hésitations, impropriétés de langage et émoticons sont susceptibles de fragiliser la mise en scène de l’information. Dans ce contexte, la question est de savoir comment les interlocuteurs s’y prennent pour convaincre de la fiabilité d’un signal et – simultanément – s’assurer de la fiabilité du signal d’autrui et écarter les risques de manipulation.

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