Je viens d’assister au fascinant discours de la journaliste iranienne Shadi Sadr. Shadi une activiste des droits de la femme qui s’est fait arrêter, en 2009, par la police iranienne. Elle a été relâchée après une dizaine de jours de détention. Elle affirme aujourd’hui que les médias sociaux favorisent les politiques répressives du régime iranien. Les autorités iraniennes, ainsi qu’un certain nombre de groupuscules conservateurs, ont en effet recours à des moyens sophistiqués permettant de collecter des informations relatives aux opposants politiques et de diffuser de fausses informations. Ils s’efforcent par exemple d’accéder au courrier électronique des citoyens gênants, de récolter des informations à leur sujet, d’usurper des identités etc.

Shadi Sadr

Bizarrement, en 2009, dans la presse américaine et européenne, on parle alors essentiellement des réseaux sociaux comme d’un moyen de lutte du « mouvement vert« . Mark Pfeifle, ancien conseiller auprès de la Maison Blanche, avait même – pour la petite anecdote – proposé de nobéliser les fondateurs de Twitter, en raison des « bienfaits » que la société californienne avait prodigué au peuple iranien. La réalité – précise Shadi Sadr – c’est que ces outils de networking ont plus été des outils de contrôle, que des outils d’empowerment. Elle n’est pas la première à faire cette observation. Déjà en juin 2009, Ethan Zuckerman (Berkmann Center, Uni. Harvard) – fondateur de Global Voices – annonçait que Twitter «avait été utilisé comme une chaîne de désinformation par des groupes vraisemblablement de mèche avec le gouvernement; ils ont surtout tenté de faire peur à la population pour la dissuader de retourner manifester».

Qu’en est-il enfin du potentiel de Twitter comme source d’information journalistique ? Une ancienne journaliste de The Independant (Megan Knight, Uni. Lancaster) a cherché à répondre à cette question. Pour ce faire, elle a procédé à une analyse d’articles de presse – britanniques et américains – parus pendant la période des élections iraniennes de 2009 . Les 365 articles sélectionnés font mention de 755 sources. Résultats de son étude : 23% des articles mentionnent les réseaux sociaux (social media). Mais, seuls 8% de ces articles renvoient à une réelle citation. Conclusion : Twitter est sans doute un outil de fantastique, mais on a surévalué tant son potentiel politique, ou démocratique, que son potentiel journalistique (en terme d’enquête, d’investigation)… Comment expliquer cette sorte de mirage collectif de l’année passée? Je ne sais pas…

« Le journaliste qui était intermédiaire, qui était sur le terrain pour rapporter ce qui se passait, la révolution iranienne, un avion qui se crashe et autre, ben aujourd’hui il est en concurrence avec Monsieur-tout-le-monde qui, aujourd’hui, est avec son téléphone portable, et envoie directement l’information. Avec la puissance supplémentaire que simplement, le journalistes qui… ils sont en nombre limité, une population  limitée, voilà (…) tandis que M. et Mme tout-le-monde, sont partout. Twitter c’est comme si on avait une rédaction de 25 millions de personnes, partout en même temps, et dès qu’il se passe quelque chose, boum, on l’envoie sur Twitter, c’est relayé automatiquement ; et donc quand je suis ce qui se passe en Iran sur Twitter, je suis dans la même position qu’un journaliste de CNN qui est dans la foule » (Interview avec un ancien journaliste de Trends, Juillet 2009).

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