Mardi, à la vidéo-conférence de David Nordfors (Uni. Stanford), j’ai découvert un concept dont je n’avais jusqu’ici jamais entendu parler : « innovation journalism« . Je vais tenter, dans ce post, de vous en donner un bref aperçu (critique). Pour Nordfors, l’innovation c’est le procédé par lequel un individu créée et livre de la valeur dans un réseau, un marché ou une communauté (process of creating and delivering new value). Le pouvoir d’innovation des journalistes se trouve aujourd’hui renforcé grâce au déploiement des médias sociaux.

« Information is shifting from doing more of the same to introducing new things » (D. Nordfors, Conférence de l’IAMCR, 20/06/10)

D. Nordfors (Uni. Stanford)

Il estime qu’un système démocratique est fondé sur la concurrence des idées. Jeu de concurrence qui passe – entre autres choses – par des alliances, des compromis, des conflits, et des luttes de reconnaissance (fight for attention). Cette compétition  – poursuit-il – a pour enjeu central le contrôle de « flux d’attention », qui étaient autrefois difficilement identifiables, mais qui sont aujourd’hui rendus visibles, grâce au web. Mais – conclut-il – les journalistes doivent toutefois veiller de ne pas tomber dans le travers qui consisterait, par exemple, à réduire le réel à une série de « success stories », au encore à troquer son indépendance contre de la « visibilité »!

28th Conference of the IAMCR, Braga, 2010

Bon, cela reste très abstrait, donc je vous propose d’illustrer ce propos sur base de l’étude empirique qu’il vient de réaliser sur ce sujet. Dans ce papier, Nordfors décrit la façon dont les journalistes de Palo Alto s’efforcent de combiner la « culture de l’innovation » et les normes journalistiques traditionnelles, et notamment la norme d « indépendance à l’égard des sources« . Les entreprises de la Silicon Valley sont jalouses de leurs propres infos. Pour contrôler la couverture médiatique,  elles refusent de livrer des informations à des journalistes (même réputés) qui ne sont pas intégrés au sein de leur réseau professionnel… A l’inverse, les journalistes qui ont la chance d’y être intégrés renoncent souvent à des informations par crainte de devenir le « faire-valoir » de l’entreprise. C’est là que peuvent intervenir de jeunes journalistes, passés experts dans l’art de tirer de l’information des réseaux. Il trouvent une info à « forte valeur ajoutée », et transmettent ensuite leurs papiers à des grands noms de la profession, dans l’espoir de voir  s’accroître leur renom etc.

Le propos est intéressant, mais érige la compétition en valeur centrale du journalisme, ou en condition de possibilité de toute innovation journalistique. Or, dans de nombreuses rédactions, les logiques de compétition peuvent pousser les journalistes à déforcer leurs « collègues et concurrents ». Je me pose la question suivante : cela ne risque-t-il pas, justement, d’empêcher la « création de valeur » ?

Publicités