A la demande de deux de mes lecteurs, je publierai aujourd’hui la première partie de l’entretien que m’a accordé le co-fondateur du courant « pragma-dialectique », Frans Van Eemeren. Avant ça, une bref petit rappel : la théorique pragma-dialectique est utilisée pour analyser et évaluer les arguments que nous émettons dans notre vie de tous les jours. Elle définit l’argumentation comme un acte de langage complexe (complex speech act) , qui comprend des objectifs de communication spécifiques. Et, par acte de langage , on entend « un moyen mis en œuvre par le locuteur pour agir sur son environnement par ses mots » (illocutionary act).

Frans Van Eemeren, Université d'Amsterdam

La théorie pragma-dialiectique part en fait d’une constatation assez simple : les phénomènes discursifs ont toujours été étudiés soit sous un angle (1) normatif – celui de la dialectique formelle ou du rationalisme critique –  soit sous un angle (2) descriptif – comme dans les théories pragmatiques de John Searle et Paul Grice ou dans les techniques d’analyse de discours en sciences humaines. Ces deux angles d’attaques ont été exploités, chacun de leur côté, sans que personne ne songe à les faire prendre  appui l’un sur l’autre.

Partant de ce constat, Van Eemeren et Grotendorst proposèrent, dans les années 80, de fonder un nouveau modèle d’analyse de l’argumentation. Pour faire simple : ils divisèrent l’argumentation en 4 étapes (confrontation stage, opening stage, argumentation stage, conclusion) et en 10 règles générales. La première règle stipule que les parties ne doivent pas s’empêcher mutuellement d’avancer (ou de mettre en doute) des points de vue. Le seconde règle dit que c’est à la partie qui avance un point de vue qu’il incombe de le défendre (au cas où la partie adverse en émet le souhait). La troisième règle veut qu’une attaque soit toujours en rapport avec le point de vue avancé par la partie adverse.

Selon la quatrième règle : une partie ne peut défendre un point de vue qu’en avançant des arguments en rapport avec celui-ci. La cinquième règle stipule ensuite qu’une partie ne peut pas nier une prémisse qu’elle a laissée implicite, pas plus qu’elle ne peut prendre pour prémisse un point toujours resté inexprimé par la partie adverse. Le sixième règle précise qu’une partie ne peut prendre pour prémisse un point de départ non accepté, pas plus qu’elle ne peut nier l’existence une prémisse représentant un point de départ accepté.

Et voici les 4 dernières règles…

L’originalité de la pragma-dialectique, c’est de mettre ces grandes « ‘règles d’argumentation » en lien avec des études empiriques, portant sur la façon donc les gens utilisent effectivement le langage, dans leur vie courante. Comment les gens manipulent-ils leurs outils rhétoriques et argumentatifs ? etc.

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