Parmi tous les gens qui parlent aujourd’hui de j-blogging, certains pensent que les codes de la profession ont changé du tout au tout.  Ils observent, en effet, que la « pyramide inversée » est souvent abandonnée au profit d’autres structures d’articles. Que les amorces traditionnelles – comme le chapeau et les 5W – n’ont plus nécessairement cours. Que l’on déroge plus facilement que par le passé à la règle de proximité, où à l’interdiction de « choquer le lecteur ». Que les articles ne sont plus limités à un nombre de signes prédéfini (1000, 1500 signes), comme c’était le cas à l’époque le papier était le principal support d’écriture. Ils observent aussi que le style des journalistes-bloggeurs est moins codifié et plus relâché, moins froid et plus personnel. Et ils s’empressent enfin de conclure que les journalistes-bloggeurs sont passés – massivement – d’un journalisme classique (le journalisme tel qu’il s’enseigne dans les grandes écoles) à un tout autre modèle… Je ne crois toutefois pas que ce soit vrai. S’il est indéniable que la plupart des journalistes passent aujourd’hui par une époque de changement, ou de remise en question de leurs pratiques; force est aussi de constater que l’ethos de la profession est toujours bien vivant (et cela tant chez les bloggeurs que chez ceux qui refusent de mettre les doigts dans le Net). Le journaliste se sent toujours autant investi d’une responsabilité, d’un rôle social; il trie l’information, distingue le crédible de l’invraisemblable, offre des information vérifiées, et qu’il espère utiles. Il respecte généralement le « off« , ainsi que les informations « sous embargo » etc. Tout cela demeure inchangé. C’est pourquoi, il est utile – pour bien comprendre le moment que vivent aujourd’hui les journalistes de presse en ligne – de se ré-intéresser à la façon dont ils se définissent eux-mêmes. Et pour ce faire, rien de tel que de se replonger dans des manuels de journalisme! (AGNES, 2008; KOVACH & ROSENSTEIL, 2007). Il est, je crois, capital de bien s’imprégner de la culture de la profession. Une culture mise a mal par la montée en puissance de la blogosphère et le processus de démocratisation de l’écriture qui l’accompagne. Ou plutôt, une culture mise à l’épreuve, appelée à s’adapter aux nouveaux modes de consommation de médias, et, plus encore, à justifier (à nouveau) sa place dans notre société.

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