Dans le chapitre sur la « liberté de la presse », du premier tome de la Démocratie en Amérique (1835), Tocqueville conseille aux autorités françaises de son époque de renoncer à exercer la censure, non à cause de l’immoralité de cette entrave à la liberté individuelle, mais à cause de son manque d’efficacité… En démocratie – précise Tocqueville – les publications sont si nombreuses, que la censure s’exerce d’elle-même : les voix dissonantes se perdent naturellement dans l’opinion dominante, si bien que la prétendue « licence de la presse » favorise davantage le status quo et le pouvoir en place, que la révolte et le changement. Quelques lignes plus loin, Tocqueville s’essaie à décrire les réseaux de presse américains (qui contrairement aux réseaux français, sont protégés part la Constitution)…

« Peu d’abonnés suffisent pour que le journal puisse couvrir ses frais : aussi le nombre d’écrits périodiques ou semi-periodiques aux E.-U. dépasse-t-il toute croyance (…). Il n’y a presque pas de bourgade qui n’ait son journal (…) les lumières comme la puissance sont disséminées  dans toutes les parties de cette vaste contrée ; les rayons de l’intelligence humaine, au lieu de partir d’un centre commun, s’y croisent donc en tous sens, les Américains n’ont nulle part la direction générale de la pensée, non plus celle des affaires ». (TOCQUEVILLE, La démocratie en Amérique I, p. 237)

Et Tocqueville n’était pas le seul à parler des réseaux de presse libre comme certains parleraient aujourd’hui d’Internet: un pouvoir réticulaire, omniprésent, aux mains et au service de la population. Pour montrer la ressemblance entre le  5th estate et les réseaux de presse du XIXème siècle, W. H. Dutton (Uni. Oxford) reprend un témoignage du romancier britannique William Makepeace Thackeray…

There she is – the great engine – she never sleeps. She has her ambassadors in every quarter of the world – her courtiers upon every road. Her officers march along with armies, and her envoys walk into statesmen’s cabinets. They are ubiquitous”. William MAKEPEACE THACKERAY [1848-1850], The History of Pendennis, Chapters 19, 30.

1-01 Through the Network (of Networks)

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